Vous y pensez depuis quelques mois. Les réponses tardent, les conseils se font rares, et vous avez parfois l'impression que votre dossier dort au fond d'une pile. Ou peut-être que les honoraires ont augmenté sans explication, ou que votre entreprise a évolué et que votre cabinet comptable actuel ne suit plus le rythme. Quelle que soit la raison, une question vous taraude : puis-je changer de comptable quand je veux ?
La réponse courte, c'est oui. Vous êtes libre de changer d'expert-comptable à tout moment. Le recours à un professionnel du chiffre n'est pas obligatoire, et aucune loi ne vous contraint à rester avec le même cabinet toute la vie de votre entreprise. Mais cette liberté s'accompagne de quelques règles à respecter pour que la transition se passe bien et que votre comptabilité ne connaisse aucune interruption.
Dans ce guide, nous faisons le tour de la question : les motifs légitimes, la procédure pas à pas, les délais à anticiper, et surtout les pièges à éviter pour rompre avec votre comptable sereinement.

Pourquoi changer d'expert-comptable ? Les raisons les plus fréquentes
Avant d'entrer dans le vif du sujet, un point important : vous n'avez aucune obligation de justifier votre décision auprès de votre expert-comptable actuel. C'est un droit. Pour autant, il est utile de clarifier vos motivations, ne serait-ce que pour bien choisir votre prochain partenaire.
Les raisons qui poussent les dirigeants à changer de cabinet comptable sont variées, mais certaines reviennent très régulièrement.
Un manque de disponibilité et de réactivité
Un expert-comptable, ce n'est pas seulement quelqu'un qui produit votre bilan en fin d'année. C'est un conseiller de proximité qui doit être disponible pour répondre à vos questions, vous alerter sur les évolutions réglementaires et vous accompagner dans vos décisions stratégiques. Quand les appels restent sans réponse et que les mails s'accumulent, la confiance s'érode.
Des honoraires opaques ou disproportionnés
Les honoraires d'un expert-comptable sont fixés librement, mais ils doivent être clairement définis dans la lettre de mission. Si les factures augmentent sans explication ou si des prestations non prévues apparaissent, c'est un signal d'alerte. Certains dirigeants découvrent qu'ils peuvent obtenir un accompagnement équivalent, voire supérieur, à un tarif plus compétitif en changeant de cabinet.
Un décalage avec l'évolution de votre entreprise
Votre activité a grandi, vous avez embauché, changé de régime fiscal, ou diversifié vos activités. Le cabinet qui vous convenait à la création de votre entreprise n'est peut-être plus adapté à vos besoins actuels. Vous recherchez peut-être une expertise sectorielle plus pointue, des outils digitaux plus performants, ou une plateforme collaborative pour fluidifier les échanges avec votre comptable.
Des erreurs ou retards récurrents
Des déclarations fiscales en retard, des erreurs dans les bulletins de paie, un bilan livré avec plusieurs mois de décalage... Ces situations ne sont pas anodines. Elles peuvent avoir des conséquences financières directes pour votre entreprise (pénalités de retard, redressements) et engager la responsabilité de votre expert-comptable.

La lettre de mission : le document clé à comprendre
Pour savoir comment arrêter avec son comptable, il faut d'abord comprendre ce qui vous lie à lui. Ce document s'appelle la lettre de mission.
Qu'est-ce que la lettre de mission ?
La lettre de mission est le contrat qui formalise la relation entre vous et votre expert-comptable. Rendue obligatoire par l'article 151 du Code de déontologie des professionnels de l'expertise comptable, elle doit être signée par les deux parties avant le début de toute mission.
Ce document précise plusieurs éléments essentiels :
- La nature et l'étendue des missions confiées (tenue comptable, suivi fiscal, gestion sociale, conseil juridique...)
- Les obligations et responsabilités de chaque partie
- Le montant des honoraires et les modalités de facturation
- La durée du contrat et les conditions de renouvellement
- Les modalités de résiliation, dont le préavis
C'est ce dernier point qui nous intéresse particulièrement ici.
Durée et reconduction
Dans la grande majorité des cas, la lettre de mission est conclue pour une durée d'un an, correspondant à un exercice comptable. Elle se renouvelle ensuite par tacite reconduction chaque année. Si vous ne faites rien, le contrat est automatiquement prolongé.
Pour y mettre fin, il faut donc agir activement en respectant les conditions prévues dans le document.

Comment rompre avec son comptable : la procédure étape par étape
La rupture avec votre expert-comptable n'a rien de compliqué, à condition de suivre les bonnes étapes dans le bon ordre. Voici la marche à suivre.
Etape 1 : relisez votre lettre de mission
Avant toute chose, ressortez votre lettre de mission et identifiez trois informations cruciales : le délai de préavis, la date d'échéance du contrat, et les éventuelles indemnités prévues en cas de résiliation anticipée.
Etape 2 : choisissez votre nouvel expert-comptable
C'est un point souvent négligé, mais il est fortement recommandé de trouver votre nouveau cabinet avant de résilier avec l'ancien. Pourquoi ? Parce que votre nouveau professionnel vous accompagnera dans la transition. Il pourra relire votre lettre de mission, vérifier les conditions de résiliation et surtout initier la reprise du dossier dans les règles de l'art.
Prenez le temps de comparer plusieurs cabinets. Voici les critères qui comptent vraiment :
- La spécialisation sectorielle : votre comptable comprend-il les spécificités de votre métier ?
- La proximité et la disponibilité : un interlocuteur dédié, joignable quand vous en avez besoin
- Les outils proposés : plateforme collaborative, gestion des notes de frais en ligne, tableaux de bord en temps réel
- La transparence tarifaire : des honoraires clairs, sans surprise
- L'inscription à l'Ordre : vérifiez toujours que le professionnel est inscrit au Conseil de l'Ordre des Experts-Comptables
Etape 3 : envoyez votre lettre de résiliation
La résiliation doit être formalisée par un courrier recommandé avec accusé de réception (LRAR) adressé à votre expert-comptable actuel. Vous n'avez pas à motiver votre décision. Le courrier doit simplement indiquer votre volonté de ne pas renouveler la lettre de mission et rappeler la date de prise d'effet souhaitée.
Conseil pratique : envoyez ce courrier en parallèle d'un échange oral ou écrit plus informel. La relation avec un expert-comptable repose sur la confiance, et partir en bons termes facilite grandement la suite, notamment la transmission du dossier.
Etape 4 : la lettre de reprise confraternelle
C'est une particularité de la profession comptable. Votre nouvel expert-comptable est tenu, par le Code de déontologie (article 163), d'envoyer à son prédécesseur un courrier appelé lettre de reprise confraternelle. Ce courrier l'informe de la reprise du dossier et vérifie notamment qu'il n'existe pas d'honoraires impayés.
Cette obligation protège à la fois le client et les professionnels. Concrètement, votre nouveau comptable ne peut pas débuter sa mission tant que cette formalité n'est pas accomplie. C'est pour cette raison qu'il vaut mieux anticiper.
Etape 5 : la transmission du dossier comptable
Une fois la résiliation effective et les honoraires soldés, votre ancien expert-comptable doit vous restituer l'ensemble des documents en sa possession. Cela inclut vos pièces comptables originales, vos statuts, votre Kbis, vos documents sociaux, vos liasses fiscales, le fichier des écritures comptables (FEC) et les bilans.
A retenir : L'expert-comptable sortant remet les documents au client, et non directement à son successeur. C'est ensuite à vous de transmettre le dossier à votre nouveau cabinet. Cette règle, imposée par le secret professionnel, est strictement respectée dans la profession.

Peut-on changer d'expert-comptable en cours d'année ?
Oui, c'est tout à fait possible. Rien ne vous oblige à attendre la fin de votre exercice comptable pour changer de cabinet. En revanche, un changement en cours d'année demande une coordination plus fine entre l'ancien et le nouveau professionnel pour assurer la continuité de vos obligations fiscales et sociales.
Dans l'idéal, le meilleur moment pour changer reste le début d'un nouvel exercice comptable. Votre ancien cabinet aura clôturé l'exercice précédent, et votre nouveau partenaire reprend le dossier sur des bases claires. Mais si la situation l'exige, un départ en cours d'année, un déménagement par exemple, est parfaitement envisageable.
Le droit de rétention : ce que votre comptable peut (et ne peut pas) faire
C'est la crainte numéro un des dirigeants : "Et si mon comptable refuse de me rendre mes documents ?" Cette inquiétude est compréhensible, mais le cadre légal est clair.
Ce que dit la loi
L'expert-comptable dispose d'un droit de rétention prévu par l'article 168 du Code de déontologie. Mais ce droit est strictement encadré. Il ne peut retenir que les documents qu'il a lui-même produits (bilans, comptes annuels, situations intermédiaires), et uniquement en cas de non-paiement des honoraires.
En revanche, vos pièces comptables originales (factures, relevés bancaires, contrats, bulletins de paie des salariés) vous appartiennent. L'expert-comptable n'a aucun droit sur ces documents et doit vous les restituer sans condition.
Comment éviter tout blocage
La règle est simple : réglez l'intégralité des honoraires dus avant d'envoyer votre lettre de résiliation. Si un désaccord persiste sur le montant d'une facture, deux recours existent :
- Demander à votre nouveau cabinet d'intervenir via la lettre de reprise confraternelle
- Saisir la commission de conciliation du Conseil régional de l'Ordre des Experts-Comptables, qui arbitre gratuitement les litiges entre clients et professionnels
Dans la pratique, les blocages sont rares. La grande majorité des transitions se fait de manière fluide et professionnelle.

Les 5 erreurs à éviter quand on change de comptable
Pour que votre transition se passe dans les meilleures conditions, voici les pièges les plus courants et comment les contourner.
1. Ne pas lire sa lettre de mission. C'est la source de la plupart des complications. Les clauses de préavis et d'indemnités y figurent noir sur blanc. Prenez dix minutes pour la relire avant d'agir.
2. Résilier avant d'avoir trouvé un remplaçant. Se retrouver sans expert-comptable, même temporairement, expose votre entreprise à des risques de retard sur les déclarations fiscales et sociales. Sécurisez d'abord votre prochaine collaboration.
3. Ne pas solder ses honoraires. C'est le levier qui permet à l'ancien cabinet d'exercer son droit de rétention. Mettez-vous à jour avant de partir.
4. Négliger la période de transition. Prévoyez un chevauchement de quelques semaines durant lequel votre nouveau cabinet peut vérifier la cohérence des écritures et identifier d'éventuelles anomalies. Un bon professionnel réalise un audit de reprise pour repartir sur des bases saines.
5. Ne pas mettre à jour ses documents. Une fois le changement effectif, pensez à actualiser vos mentions légales, vos formulaires administratifs et à informer votre centre des impôts si nécessaire.
Ce que votre nouvel expert-comptable doit vous apporter
Changer de comptable, ce n'est pas simplement remplacer un prestataire par un autre. C'est l'occasion de repenser votre accompagnement et de vous assurer que votre nouveau partenaire correspond vraiment à vos attentes.
Un bon expert-comptable en 2026, c'est un professionnel qui combine expertise technique et proximité relationnelle. Quelqu'un qui ne se contente pas de produire votre bilan une fois par an, mais qui vous fournit des indicateurs de gestion réguliers, vous alerte sur les évolutions réglementaires comme la facturation électronique, et vous conseille sur vos choix stratégiques.
C'est aussi un cabinet qui investit dans des outils modernes : plateforme collaborative pour échanger vos documents en toute sécurité, gestion des notes de frais en ligne, solutions RH dématérialisées et suivi de trésorerie en temps réel. Et surtout, c'est un interlocuteur disponible, qui connaît votre dossier et prend le temps de vous expliquer les choses clairement.
Conclusion : changer de comptable, un droit et parfois une nécessité
Changer d'expert-comptable est un droit fondamental du dirigeant. Aucune loi, aucun contrat ne peut vous empêcher de mettre fin à une collaboration qui ne vous convient plus. La seule contrainte, c'est de respecter le cadre posé par la lettre de mission : le délai de préavis, le règlement des honoraires, et les formalités de transmission du dossier.
Si vous avez le sentiment que votre cabinet actuel ne répond plus à vos besoins, que la relation s'est dégradée ou que votre entreprise mérite un accompagnement plus adapté, n'attendez pas. Plus tôt vous entamez la démarche, plus la transition sera fluide.
Chez Lynco, nous accompagnons chaque année des dirigeants qui souhaitent changer de cabinet comptable. Nos équipes prennent en charge l'intégralité de la transition : audit de reprise, récupération du dossier, mise en place des outils collaboratifs et suivi personnalisé dès le premier jour. Avec des cabinets à Périgueux, Eymet, Saint-Astier, Cognac et un cabinet en ligne, nous sommes là pour vous, où que vous soyez.



