Vous avez avancé de l'argent à votre société pour couvrir un besoin de trésorerie urgent. Ou peut-être avez-vous renoncé à percevoir votre rémunération pendant quelques mois pour laisser souffler la trésorerie. Dans les deux cas, cette somme ne disparait pas : elle est inscrite dans un compte courant d'associé qui apparait dans le bilan de votre société.
Pourtant, beaucoup de dirigeants découvrent cette ligne comptable au moment du bilan sans vraiment comprendre ce qu'elle implique. Est-ce une dette ? Un investissement ? Peut-on récupérer cet argent quand on veut ? Et surtout, comment cette écriture impacte-t-elle la santé financière de l'entreprise vue par un banquier ou un partenaire ?
Le compte courant d'associé est un outil de financement interne à la fois souple et puissant. Mais il obéit à des règles comptables, fiscales et juridiques précises qu'il faut maitriser pour en tirer le meilleur parti sans risquer de mauvaises surprises. Voici tout ce qu'il faut savoir.

Qu'est-ce qu'un compte courant d'associé ?
Malgré son nom, le compte courant d'associé n'est pas un compte bancaire. C'est une écriture comptable qui enregistre les sommes qu'un associé met à disposition de sa société, au-delà de son apport au capital social. Concrètement, l'associé devient créancier de l'entreprise : il lui prête de l'argent, et la société lui doit cette somme.
Pour bien comprendre, pensez à la différence entre le capital et le compte courant comme à celle entre un investissement et un prêt. Quand vous apportez au capital, vous investissez : cet argent appartient définitivement à la société. Quand vous alimentez votre compte courant, vous prêtez : la société vous doit cet argent et devra vous le rembourser.
Qui peut détenir un compte courant d'associé ?
Depuis la loi PACTE du 22 mai 2019, la condition de détenir au moins 5 % du capital social pour réaliser une avance en compte courant a été supprimée. Aujourd'hui, les personnes suivantes peuvent alimenter un compte courant d'associé :
- Les associés et actionnaires, personnes physiques, quel que soit leur pourcentage de détention
- Les dirigeants : gérants, présidents de SAS, directeurs généraux, administrateurs, membres du directoire et du conseil de surveillance
- Les personnes morales (sociétés commerciales dont les comptes sont certifiés par un commissaire aux comptes)
Les différentes formes d'apport en compte courant
L'alimentation d'un compte courant d'associé peut prendre plusieurs formes, et toutes ne passent pas par un virement bancaire.
Dans tous les cas, le principe est le même : l'associé dispose d'une créance remboursable sur la société.

Où se trouve le compte courant d'associé dans le bilan ?
C'est la question que se posent le plus souvent les dirigeants quand ils découvrent leur bilan comptable. La réponse est simple, mais il faut distinguer deux situations selon que le compte courant est libre ou bloqué.
Le compte courant classique (non bloqué)
Le compte courant d'associé classique est inscrit au passif du bilan, dans les dettes financières de la société. Plus précisément, il figure au compte 455 "Associés - Comptes courants" du plan comptable général. La classe 45 correspond aux comptes liés aux associés et aux membres du groupe.
Pourquoi au passif ? Parce que du point de vue de la société, c'est une dette. L'entreprise doit de l'argent à l'associé, exactement comme elle doit de l'argent à une banque qui lui a consenti un prêt.
Le compte courant bloqué
Lorsque l'associé accepte de bloquer son compte courant pour une durée déterminée (via une convention de blocage), l'inscription change. Le montant figure alors au passif du bilan dans les fonds propres, au compte 1681 "Autres emprunts et dettes assimilées". Les intérêts sont inscrits au compte 1688 "Autres emprunts et dettes assimilées - Intérêts courus".
Ce blocage est souvent une condition posée par les banques avant d'accorder un prêt. Il rassure l'établissement de crédit sur la solidité financière de l'entreprise, puisque ces fonds ne peuvent pas être retirés à tout moment.
Un exemple concret pour y voir plus clair
Prenons le cas de Marie, gérante d'une SARL. Elle apporte 5 000 euros au capital et 8 000 euros en compte courant. La société dispose donc de 13 000 euros sur son compte bancaire et investit 10 000 euros dans du matériel.
On voit ici que la société ne dispose que de 3 000 euros de trésorerie alors qu'elle doit 8 000 euros à Marie. Le remboursement devra donc attendre que l'activité génère suffisamment de revenus.

La rémunération du compte courant d'associé : intérêts et fiscalité
Le compte courant d'associé peut être rémunéré par des intérêts, comme un prêt classique. C'est d'ailleurs l'un de ses atouts par rapport aux dividendes : les intérêts constituent une charge déductible pour la société, là où les dividendes sont prélevés sur le bénéfice après impôt.
Est-ce obligatoire de rémunérer le compte courant ?
Non, pas systématiquement. Si l'associé est une personne physique, il peut librement renoncer à toute rémunération. En revanche, lorsque l'associé est une personne morale (une autre société), la rémunération est obligatoire.
Le taux d'intérêt est fixé librement par les parties, dans les statuts ou dans une convention de compte courant. Toutefois, la déductibilité fiscale de ces intérêts est plafonnée.
Le taux maximum déductible en 2025-2026
Les intérêts versés aux associés sont déductibles du résultat fiscal de la société à deux conditions cumulatives :
- Le capital social est intégralement libéré (tous les associés ont versé la totalité de leurs apports)
- Le taux d'intérêt pratiqué ne dépasse pas le taux de référence fixé par l'administration fiscale
Ce taux de référence, appelé taux maximum d'intérêts déductibles, varie chaque trimestre. Voici les derniers taux connus :
Si le taux pratiqué dépasse ce plafond, la fraction excédentaire n'est pas déductible du résultat fiscal. Elle est réintégrée dans la base imposable de la société, ce qui revient à une double imposition : une fois chez la société (IS), une fois chez l'associé (IR). Un piège fiscal à éviter absolument.
L'imposition des intérêts côté associé
Pour l'associé personne physique, les intérêts perçus sont considérés comme des revenus de capitaux mobiliers. Ils sont soumis au choix :
- Au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (flat tax : 12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux)
- Au barème progressif de l'impôt sur le revenu, si cette option est plus avantageuse
Les intérêts doivent être déclarés via le formulaire 2777 dans les 15 jours du mois suivant leur versement.
A retenir : Rémunérer un compte courant d'associé peut être plus avantageux fiscalement que verser des dividendes, puisque les intérêts sont déductibles du résultat de la société. Mais cette stratégie doit être calibrée avec votre expert-comptable pour respecter les plafonds de déductibilité.

Le remboursement du compte courant d'associé
Le principe : remboursable à tout moment
En l'absence de clause contraire dans les statuts ou dans une convention, le compte courant d'associé est remboursable à tout moment sur simple demande de l'associé. C'est ce qui en fait un outil de financement souple, mais c'est aussi ce qui peut fragiliser la trésorerie de la société si un associé demande un remboursement imprévu.
C'est pourquoi il est vivement recommandé de prévoir les modalités de remboursement dans une convention de compte courant : délai de préavis, montant maximum remboursable par exercice, conditions liées à la trésorerie disponible.
Les situations de blocage
La société peut-elle refuser de rembourser ? En principe, non. Le compte courant d'associé est une dette exigible. Mais dans la pratique, si la trésorerie ne le permet pas, le remboursement peut être reporté. C'est une situation courante dans les jeunes entreprises ou en période de croissance forte.
Il existe aussi des cas de blocage volontaire : l'associé accepte, via une convention de blocage, de ne pas demander le remboursement pendant une durée déterminée. Ce mécanisme est souvent utilisé pour rassurer les banques ou pour renforcer les fonds propres apparents de l'entreprise.
Le compte courant d'associé débiteur : attention danger
Un compte courant d'associé débiteur signifie que c'est l'associé qui doit de l'argent à la société, et non l'inverse. C'est le cas lorsque l'associé a retiré plus d'argent qu'il n'en a versé, ou lorsque la société a payé des dépenses personnelles de l'associé.
Ce que dit la loi
La règle est stricte : le compte courant débiteur est interdit pour les associés et dirigeants personnes physiques dans les formes de sociétés suivantes :
Un compte courant débiteur dans une SARL ou une SAS expose le dirigeant à des sanctions pénales pour abus de biens sociaux. C'est un point de vigilance majeur que votre expert-comptable doit surveiller à chaque clôture.
L'abandon de compte courant : un levier en cas de difficulté
Quand la société traverse une passe difficile et que ses capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, l'abandon de compte courant d'associé peut être une solution pour assainir le bilan sans apporter de nouveaux fonds.
Comment ça fonctionne ?
L'associé renonce volontairement à tout ou partie de sa créance. Cette opération transforme une dette (au passif) en un produit exceptionnel qui vient augmenter le résultat, et donc les capitaux propres de la société. C'est un mécanisme puissant pour reconstituer les fonds propres sans injecter de trésorerie supplémentaire.
La clause de retour à meilleure fortune
Pour ne pas perdre définitivement la somme abandonnée, l'associé peut assortir son abandon d'une clause de retour à meilleure fortune. Cette clause prévoit que si la situation financière de la société s'améliore (retour aux bénéfices, apurement des pertes), l'associé pourra récupérer tout ou partie de la créance abandonnée.
L'abandon de compte courant est une opération technique qui nécessite la rédaction d'une convention précisant le montant, les conditions et, le cas échéant, les critères de retour à meilleure fortune. Cette convention doit être soumise à la procédure des conventions réglementées quand elle concerne un dirigeant. C'est typiquement le genre d'opération où l'accompagnement d'un cabinet d'expertise comptable est indispensable pour sécuriser le traitement comptable et fiscal.

Compte courant d'associé ou augmentation de capital : que choisir ?
Les deux mécanismes permettent de financer la société, mais ils n'ont ni les mêmes caractéristiques ni les mêmes conséquences.
En pratique, les deux solutions sont souvent complémentaires. Le bon dosage dépend de votre situation et de vos objectifs : c'est un sujet stratégique à aborder avec votre expert-comptable lors de votre suivi comptable régulier.
Les bonnes pratiques pour gérer votre compte courant d'associé
Pour éviter les erreurs et tirer le meilleur parti de cet outil de financement, voici les réflexes à adopter.
Formalisez toujours par écrit. Rédigez une convention de compte courant précisant les modalités d'apport, de rémunération et de remboursement. Ce document vous protège en cas de litige et clarifie les règles du jeu entre associés.
Vérifiez la libération intégrale du capital. C'est la condition sine qua non pour que les intérêts versés soient déductibles. Si le capital n'est pas entièrement libéré, aucun intérêt ne pourra être déduit du résultat fiscal, quel que soit le taux pratiqué.
Suivez les taux de référence. Le plafond de déductibilité évolue chaque trimestre. Votre expert-comptable doit vérifier à chaque clôture que le taux d'intérêt appliqué reste en dessous du seuil pour éviter toute réintégration fiscale.
Ne confondez pas compte courant et compte bancaire. Le compte courant d'associé est une écriture comptable. Un associé qui vire de l'argent sur le compte bancaire de la société doit faire enregistrer cette opération pour qu'elle apparaisse correctement au bilan.
Anticipez l'impact du remboursement. Avant de vous rembourser votre compte courant, vérifiez que la trésorerie de la société le permet sans mettre en péril le paiement des charges courantes, des salaires et des échéances fiscales.

Conclusion : un outil stratégique qui mérite un accompagnement expert
Le compte courant d'associé est bien plus qu'une simple ligne au bilan. C'est un véritable levier de gestion financière qui, correctement utilisé, permet de financer le développement de l'entreprise avec souplesse, d'optimiser la fiscalité entre la société et ses associés, et de rassurer les partenaires financiers.
Mais c'est aussi un mécanisme qui demande de la rigueur : convention écrite, suivi des taux de déductibilité, vigilance sur le caractère débiteur, formalisation des éventuels abandons. Autant de sujets techniques qui justifient un accompagnement par un professionnel du chiffre.
Chez Lynco, nos équipes accompagnent les dirigeants dans la gestion de leurs comptes courants d'associés : rédaction des conventions, optimisation de la rémunération, suivi des impacts au bilan et conseil stratégique sur le bon équilibre entre compte courant et capitaux propres. Que vous soyez en phase de création d'entreprise ou en plein développement, nous adaptons notre accompagnement à vos besoins.



